Pollution NO2 autour des établissements de santé bruxellois
Pollution NO2 autour des établissements de santé bruxellois
Introduction
Bruxelles fait partie des villes européennes les plus polluées au dioxyde d’azote (NO2). Elle souffre également, comme beaucoup d’autres zones urbaines, des émissions de particules fines. Le trafic routier est responsable d’une grande partie de ce problème. Il émet 23% des particules très fines (PM2.5) et 47% des oxydes d’azote (NOx).
La pollution de l’air peut causer ou aggraver de nombreux problèmes de santé. Sa présence est donc très problématique autour des établissements de santé (hôpitaux, cliniques et Maisons de Repos et de Soin), où des personnes vulnérables sont censées guérir. En effet, tous les bâtiments ne sont pas équipés de filtres efficaces contre ce polluant.
Par exemple, les patient·es souffrant de pathologies chroniques, notamment cardio-vasculaires et respiratoires, peuvent voir leurs symptômes empirer sous l’effet des polluants atmosphériques, dont l’impact inflammatoire est bien documenté.
Les personnes âgées sont aussi plus sensibles à cette pollution, principalement en raison d’une diminution de l’efficacité de leur système immunitaire et d’une exposition prolongée aux polluants au fil de leur vie.
Pour rappel, plusieurs centaines de Bruxellois·es meurent prématurément chaque année à cause de la mauvaise qualité de l’air liée au trafic routier.
Grâce au logiciel de modélisation SIRANE, nous sommes en mesure de connaître les concentrations en NO2 pour chaque établissement de santé de la Région bruxelloise.
Malheureusement, les résultats montrent que la totalité des sites analysés (hôpitaux, cliniques et Maisons de Repos et de Soins) est exposée à des niveaux de pollution qui dépassent la recommandation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Résumé
En 2022, 100% des établissements de santé bruxellois analysés par le logiciel SIRANE sont surexposés au dioxyde d’azote.
Un établissement connaît une concentration moyenne annuelle en NO2 plus de 3 fois supérieure à la recommandation de l’OMS.
25 sites sont exposés à des niveaux de pollution entre deux et trois fois au-dessus du seuil de l’OMS.
Les autres (107 sites) dépassent cette ligne au moins une fois.
Pour rappel, d’après l’OMS, “le dépassement des niveaux des lignes directrices pour la qualité de l’air est associé à des risques importants pour la santé publique.”
Il est important de préciser que ces résultats sont conservateurs et que les concentrations réelles auxquelles sont exposées les établissements de santé sont très probablement plus élevées que celles calculées par SIRANE.
Méthodologie
SIRANE est un logiciel de modélisation de la pollution atmosphérique en milieu urbain. Il a été développé par le Laboratoire de Mécanique des Fluides et d’Acoustique de l’Ecole Centrale de Lyon. Il a été adapté à la Région bruxelloise par l’Université Catholique de Louvain (UCLouvain), en collaboration avec Bruxelles Environnement et avec le soutien de Bloomberg Philanthropies.
SIRANE permet de simuler, entre autres, la concentration annuelle moyenne en NO2 partout en Région bruxelloise. Pour ce faire, le système prend en compte plusieurs paramètres comme la géométrie des bâtiments (pour différencier les rues “canyon” des rues ouvertes par exemple), la météorologie (vent, température, etc.), les émissions de polluants (sources de pollution et types de polluants par exemple) et la pollution de fond.
Le logiciel SIRANE a été validé par comparaison avec des simulations numériques détaillées, des expériences en soufflerie et des expériences de terrain. Afin de confirmer la fiabilité des résultats pour Bruxelles, ces derniers sont comparés aux résultats obtenus par les stations de mesure officielles de Bruxelles Environnement.
Nous avons demandé à l’UCLouvain de calculer, grâce à SIRANE, la concentration moyenne en NO2 pour tous les établissements de santé de la Région bruxelloise en 2022. La liste des 133 sites provient de la liste d’Iriscare pour les Maisons de Repos et de Soin et Bruxelles Social pour les hôpitaux et les cliniques.
Nous avons ensuite créé, sur base de ces résultats, une carte interactive afin de pouvoir visualiser facilement le niveau de pollution de chaque site. Chaque point représente un site. Les couleurs correspondent à la qualité de l’air définie en fonction de la concentration moyenne annuelle en NO2. Le code couleur que nous avons utilisé se base sur la recommandation de l’OMS. Pour le NO2, la ligne directrice se situe à 10µg/m³ en moyenne annuelle, limite au-dessus de laquelle il existe “des risques importants pour la santé publique”.
- Vert – Sous le seuil annuel de l’OMS (<10µg/m³)
- Jaune – Dépasse d’une fois le seuil annuel de l’OMS (10 à 20µg/m³)
- Rouge – Dépasse de 2 fois le seuil annuel de l’OMS (20 à 30µg/m³)
- Violet – Dépasse de 3 fois le seuil annuel de l’OMS (30 à 40µg/m³)
- Noir – Dépasse de 4 fois et plus le seuil annuel de l’OMS (>40µg/m³)
Il est important de préciser que les résultats de cette analyse sont conservateurs, et ce pour les raisons suivantes :
- Le modèle MuSti a été utilisé pour estimer le trafic routier. Or ce modèle ne simule que le trafic en Région de Bruxelles-Capitale (sur base des données belges), ce qui exclut une grande partie du ring, qui se trouve en Flandre. Il est donc probable que les établissements de santé qui se trouvent à proximité du ring soient plus pollués que ce que calcule SIRANE. Le modèle MuSti est également sujet à une incertitude étant donné qu’il a été créé seulement pour fonctionner sur les axes principaux et aux heures de pointe, et que les flux de véhicules sur le réseau non structurant est issu d’extrapolation.
- Le modèle SIRANE “place” ses points de mesure en haut des bâtiments, au niveau du toit. La concentration en NO2 y est donc moins importante qu’au niveau de la rue, juste à côté du trafic routier.
Résultats
Nous avons analysé les concentrations en NO2 sur 133 sites (hôpitaux, cliniques et Maisons de Repos et de Soins).
Un établissement, la Maison de Repos et de Soins (MRS) Petites sœurs des pauvres, connaît une concentration moyenne annuelle en NO2 plus de 3 fois supérieure à la recommandation de l’OMS.
25 sites sont exposés à des niveaux de pollution entre deux et trois fois au-dessus du seuil de l’OMS. Parmi eux se trouvent :
- La polyclinique du Lothier
- La Clinique Saint-Jean – Site Botanique
- Le Centre médical Parc Léopold
- La Clinique Saint-Jean – Site Méridien
- La Clinique de la Basilique
- Le CHU Saint-Pierre – Site Site Alexiens/César de Paepe
- Le Centre Medical Europe-Lambermont
- Le CHU Saint-Pierre – Site Porte De Hal
Ces 8 sites comptabilisent plusieurs centaines de milliers d’admissions chaque année.
Les autres (107 établissements) dépassent cette ligne au moins une fois.
Conclusion et recommandations
Grâce à l’outil de modélisation SIRANE, nous découvrons que, en 2022, la totalité des établissements de santé bruxellois est exposé à des concentrations moyennes annuelles en NO2 associées à des risques importants pour la santé publique. Certains sites dépassent la recommandation de l’OMS de plus de deux fois.
Ce constat doit servir de nouvelle sonnette d’alarme et inciter nos élu·es à renforcer ou mettre en place rapidement des mesures qui permettent de lutter efficacement contre la pollution de l’air.
Nous demandons en priorité de maintenir le calendrier final de la LEZ, à savoir, la sortie du diesel d’ici 2030 et la sortie du thermique d’ici 2035. La Zone de Basses-Émissions est la mesure la plus efficace pour lutter contre la pollution de l’air.
D’autres mesures comme la création de rues scolaires, l’aménagement de quartiers apaisés, l’optimisation des livraisons à domicile ou le développement de l’autopartage peuvent également aider à lutter contre la pollution de l’air en Région bruxelloise.
Remerciements
Nous remercions Axel Briffault de l’UCLouvain pour les analyses SIRANE utilisées ici, ainsi que pour sa relecture du présent rapport. Nous remercions également Alessandro Gambale de Buildwind pour sa relecture.
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Mesures des concentrations en NO2 dans les quartiers “Flagey-Etangs” (Ixelles) et “ParviS” (Saint-Gilles)
Mesures des concentrations en NO2 dans les quartiers “Flagey-Etangs” (Ixelles) et “ParviS” (Saint-Gilles)

Rapport (2ème version publiée le 03/10/2024)
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Introduction
Les quartiers apaisés font partie des mesures qui, sur le papier, aident à lutter contre la pollution de l’air émise par le trafic routier. À l’heure actuelle, il existe malheureusement peu de données qui confirment ou infirment cette hypothèse.
Nous avons donc lancé une campagne de mesures pour suivre l’évolution des concentrations en dioxyde d’azote (NO2), un polluant fortement lié au trafic routier, sur le territoire de deux nouveaux quartiers apaisés.
Est-ce que la qualité de l’air s’améliore au sein des quartiers apaisés ? Est-ce que la pollution est déplacée vers la périphérie des quartiers apaisés ? Les résultats de cette analyse devraient, à terme, nous aider à répondre à ces questions.
Étant donné que notre campagne s’étend sur plusieurs années, ce rapport sera amené à évoluer.
Méthode
- Dispositif
Nous utilisons pour cette campagne des tubes dits “passifs” du laboratoire Passam. Ces derniers sont installés à deux mètres de hauteur en rue (sur le trottoir, sur un carrefour, etc.) pour une durée de trente jours. Ils sont remplacés tous les mois. Ils permettent ainsi de connaître la concentration moyenne mensuelle en NO2 aux différents points de mesure.
- Localisation
Afin de pouvoir évaluer l’impact des quartiers apaisés, nous avons choisi deux zones dans lesquelles un nouveau plan de mobilité est ou sera bientôt mis en place. Ainsi, dans le premier cas, nous pourrons suivre les concentrations en NO2 à partir des toutes premières limitations du trafic routier et, dans le second cas, faire une comparaison entre avant et après les changements de circulation. Cela nous permettra d’évaluer l’impact de ces deux quartiers apaisés sur la pollution de l’air.
À Ixelles, nous évaluons le quartier “Flagey-Etangs” où les premières modifications du plan de mobilité ont débuté le 2 mai 2023.
Pour ce faire nous avons placé 14 points de mesure. Sept d’entre eux se trouvent sur la périphérie du quartier (Avenue de la Couronne, Boulevard Général Jacques, Avenue Louise, Rue Lesbroussart, Rue Malibran) et sept autres sont situés au sein du quartier (Rue Vilain XIIII, Square du Souvenir, Avenue des Eperons d’Or, Chaussée de Boondael, Chaussée de Vleurgat, Rue Jean Paquot). Ces mesures nous permettront de savoir, à terme, si les changements de circulation font baisser les concentrations en NO2 à l’intérieur du quartier et s’ils déplacent la pollution en périphérie du quartier.
À Saint-Gilles, nous évaluons le quartier “ParviS” où les premiers changements de circulation devraient avoir lieu en 2024.
Pour ce faire nous avons placé 15 points de mesure. Huit d’entre eux se trouve sur la périphérie du quartier (Avenue Van Volxem, Avenue Fonsny, Avenue de la Porte de Hal, Avenue Louise, Rue Defacqz, Avenue Brugmann, Avenue Albert, Avenue du Parc, Avenue Ceuppens) et six autres sont situés au sein du quartier (Rue Bréart, Barrière, Rue de Mérode, Rue Féron, Chaussée de Waterloo, Rue d’Ecosse). Ces mesures nous permettront de savoir, à terme, si les changements de circulation font baisser les concentrations en NO2 à l’intérieur du quartier et s’ils déplacent la pollution en périphérie du quartier.
- Durée
Les premières mesures ont débuté le 2 mai à Ixelles. Au moment de la publication de cette deuxième version du rapport, nous avons récolté quatorze mois de données (mai 2023 – juin 2024).
Nous avons débuté les mesures au moment des premiers changements de circulation (mise en sens unique du bas de l’Avenue Vleurgat, mise en sens unique du haut de la rue Vilain XIIII, mise en sens unique du Square du Souvenir). Ces circonstances ne sont idéales car elles ne nous permettront pas de faire une comparaison parfaite entre la situation avant le changement du plan de mobilité et après. Ceci étant dit, les premières modifications (citées au dessus) sont minimes et ne devraient pas avoir de gros impacts à elles seules. Elles ne devraient donc pas trop perturber notre comparaison.
À Saint-Gilles, les mesures ont débuté le 31 mai. Au moment de la publication de cette première version du rapport, nous avons donc récolté treize mois de données (juin 2023 – juin 2024).
Etant donné que les premiers changements de circulation ne devraient pas voir le jour avant 2024, nous aurons probablement au moins une année complète de mesures sans modifications, puis au moins une année de mesures après modifications, ce qui nous permettra de faire une comparaison claire.
Notre objectif est d’effectuer des mesures pendant encore au moins deux années. Cela nous permettra de tirer des conclusions robustes.
Résultats
- Quartier “Flagey-Etangs »
Evolution des concentrations en NO2 sur le territoire du quartier « Flagey-Etangs »
Les résultats montrent plusieurs choses. Tout d’abord, de juin 2023 à juin 2024, la place Flagey (au niveau de l’arrêt de tram) est exposée à une concentration moyenne annuelle en NO2 plus de trois fois supérieure à la recommandation de l’OMS (10µg/m3). Il est à noter que, en juin 2024, une concentration moyenne mensuelle de 44 µg/m3 a été enregistrée à cet endroit.
Dans au moins une partie de l’Avenue de la Couronne, du Boulevard Général Jacques, de l’Avenue des Éperons d’Or, de la Rue Malibran, de la Chaussée de Vleurgat, de la Rue Lesbroussart et de l’Avenue Louise, les concentrations moyennes annuelles en NO2 sont entre deux et trois fois supérieures au seuil de l’OMS.
Le deuxième constat est que tous les points de mesure sont exposés à des concentrations moyennes annuelles en NO2 qui dépassent la recommandation de l’OMS.
- Quartier “ParviS”
Evolution des concentrations en NO2 sur le territoire du quartier « ParviS »
À Saint-Gilles, certains lieux sont également exposés à des concentrations en NO2 qui dépassent largement les recommandations de l’OMS. Au moins une partie de l’Avenue Louise, de Barrière, de l’Avenue du Parc, de la Rue de Mérode, de la Rue du Danemark, du Parvis, de l’Avenue de la Porte de Hal, de l’Avenue Van Volxem et de la Rue d’Ecosse sont exposées à des concentrations moyennes annuelles en NO2 entre deux et trois fois au-dessus du seuil de l’OMS (10µg/m3).
De plus, aucun de nos points de mesure n’enregistre de concentrations moyennes annuelles en NO2 qui descendent sous la recommandation de l’OMS.
Conclusions
Ces résultats nous rappellent que certains lieux à Ixelles (Place Flagey, Avenue de la Couronne) et à Saint-Gilles (Barrière, Rue de Mérode, Rue du Danemark) sont bien trop pollués. Il est donc urgent de mettre en place des mesures pour y limiter le trafic des véhicules polluants, principale source de dioxyde d’azote (NO2).
Nous allons continuer de faire des mesures afin de pouvoir publier un avis clair sur le lien entre les quartiers apaisés et l’évolution de la pollution de l’air.
Calcul des concentrations en NO2 aux abords des écoles bruxelloises
Calcul des concentrations en NO2 aux abords des écoles bruxelloises
En 2022, la totalité des 855 établissements scolaires (fondamentaux et secondaires) bruxellois analysés par le logiciel SIRANE sont exposés à des concentrations annuelles moyennes en NO2 qui dépassent le seuil de l’OMS.
Sur les 622 écoles fondamentales (maternelles et primaires) analysées, 121 (soit 19,45%) connaissent des concentrations entre deux et trois fois supérieures au seuil de l’OMS.
Pour rappel, d’après l’OMS, “le dépassement des niveaux des lignes directrices pour la qualité de l’air est associé à des risques importants pour la santé publique.”
Il ressort également de l’analyse que certaines communes sont plus durement touchées que d’autres. La quasi-totalité des écoles de Saint-Josse et la moitié des écoles de Ganshoren et de Schaerbeek sont exposées à des concentrations moyennes annuelles en NO2 entre deux et trois fois supérieures à la recommandation de l’OMS.
Dans ces trois communes, le taux de risque de pauvreté est supérieur à 20%, et atteint même les 34% à Saint-Josse, le plus élevé de Belgique. Les populations précarisées étant plus vulnérables à la pollution de l’air, cette situation représente donc une double injustice.
Il est important de préciser que ces résultats sont conservateurs et que les concentrations réelles auxquelles sont exposées les écoles sont très probablement plus élevées que celles calculées par SIRANE.
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