Quelles communes soutiennent le plus les rues scolaires ?


Résumé


Nous avons établi un classement des communes bruxelloises selon leur investissement en faveur des rues scolaires. Cette évaluation tient compte du nombre de dispositifs existants, des projets en cours et de l’engagement des élu·es à en créer de nouveaux.

L’analyse révèle que seules cinq communes bruxelloises se distinguent réellement par leur volonté de développer des rues scolaires. Saint-Gilles arrive en tête grâce à une forte proportion d’écoles déjà concernées et à la poursuite de nouveaux projets. Forest, la Ville de Bruxelles, Jette et Schaerbeek sont les seules autres communes à dépasser la moyenne, notamment grâce à des projets concrets. Parmi les communes obtenant moins de la moyenne à notre classement, Evere et Watermael-Boitsfort sont les deux seules à s’engager à créer une nouvelle rue scolaire d’ici fin 2027.

Ailleurs, les engagements concrets restent absents malgré la présence de rues scolaires appréciées des familles, et parfois mentionnées dans les accords de majorité. Certaines communes, comme Anderlecht, Koekelberg ou Woluwe-Saint-Lambert, ne montrent aucun intérêt à développer de nouveaux dispositifs. Auderghem ne dispose d’aucune rue scolaire ni de projet en ce sens.

Ce manque d’ambition politique contraste avec l’opinion publique : 72 % des Bruxellois·es soutiennent la création de zones piétonnes devant les écoles. Cette situation est d’autant plus regrettable que les rues scolaires jouent un rôle essentiel pour la santé et la sécurité des enfants, dans un contexte de pollution de l’air préoccupant.

Les rues scolaires face à la pollution de l'air


Dans les grandes villes, à Bruxelles comme ailleurs, le trafic routier est la principale source de pollution atmosphérique. Il émet près de la moitié des oxydes d’azote (NOx) et près d’un quart des particules fines PM2.5.

Une exposition à ces deux polluants, sur le court comme sur le long terme, est source de nombreux problèmes de santé. Certains peuvent être considérés comme légers. C’est le cas par exemple de gênes respiratoires telles que des éternuements. D’autres sont bien plus graves : asthme, AVC, cancers, etc.

Les enfants sont particulièrement vulnérables à la pollution de l’air car leur métabolisme est encore en développement, car ils respirent plus vite et parce que, du fait de leur petite taille, ils sont plus proches des sources de pollution que sont les pots d’échappement.

À Bruxelles, beaucoup trop d’écoles sont littéralement asphyxiées par le trafic routier, avec des conséquences très graves sur la santé des enfants.

Comme le montre notre rapport, sur les 622 écoles fondamentales bruxelloises, 121 connaissent des concentrations en NO2 entre deux et trois fois supérieures au seuil de l’OMS. Aucune n’est en dessous de cette recommandation.

Les rues scolaires sont des voiries situées devant des écoles et fermées au trafic motorisé. Elles peuvent être temporaires, actives uniquement lors des heures d’entrée et de sortie des classes, ou permanentes.

En limitant le trafic motorisé aux abords des écoles, elles aident les enfants à mieux respirer. Elles sont également un outil essentiel pour améliorer la sécurité routière et créer des espaces de rencontres. Aujourd’hui, à peine 11% des écoles fondamentales publiques bénéficient d’une rue scolaire. On pourrait pourtant en créer rapidement et facilement devant 70% d’entre elles.

Méthodologie


Pour établir ce classement, nous nous sommes basés sur 7 critères :

  1. Mention dans la Déclaration de Politique Générale (2 points). Nous avons analysé la DPG de chaque commune et avons relevé toutes les mentions des rues scolaires.
  2. Engagement de l’échevin·e de la mobilité à créer au moins une rue scolaire d’ici fin 2027 (2 points). Via un formulaire en ligne, nous avons demandé aux échevin·es de la mobilité des 19 communes si, oui ou non, ils et elles s’engagent à créer de nouvelles rues scolaires d’ici 2027 (mi-mandat).
  3. Nombre de rues scolaires qu’il/elle s’engage à créer d’ici fin 2027 (2 points). Via le même formulaire, nous avons demandé aux échevin·es de la mobilité des 19 communes combien de nouvelles rues scolaires ils et elles s’engagent à créer d’ici 2027, le cas échéant.
  4. Engagement de l’échevin·e à créer au moins une rue scolaire piétonne d’ici fin 2027 (2 points). Via le même formulaire, nous avons demandé aux échevin·es de la mobilité des 19 communes si ils et elles s’engagent à créer de nouvelles rues scolaires piétonnes d’ici 2027. Ne sont pris en compte ici que les engagements à piétonniser une rue qui n’est pas déjà une rue scolaire temporaire.
  5. Engagement qu’il/elle va piétonniser une rue scolaire existante (2 points). Via le même formulaire, nous avons demandé aux échevin·es de la mobilité des 19 communes si ils et elles s’engagent à piétonniser une rue scolaire existante.
  6. Projet concret de rues scolaires (2 points). Nous avons inventorié l’ensemble des projets de rues scolaires approuvés par le Collège communal, faisant l’objet d’une demande de subsides pour leur aménagement ou leur accompagnement, ou encore étant à un stade avancé d’étude en interne. Cet inventaire a été réalisé en collaboration avec les 19 communes.
  7. Proportion d’écoles bénéficiant d’une rue scolaire (5 points). Nous avons inventorié toutes les écoles maternelles et primaires qui ont une rue scolaire. Cet inventaire a été fait en collaboration avec les 19 communes.

Cette évaluation nous a permis d’obtenir un résultat sur 17, que nous avons ramené sur 10 points dans le résultat final pour une lecture plus aisée.

Nous n’avons pas reçu de réponse des échevin·es d’Etterbeek, Molenbeek, Saint-Josse et de Woluwe-St-Pierre, malgré de nombreuses relances. Anderlecht et Ixelles ont, quant à elles, refusé de participer à notre enquête. Ce manque de réaction laisse malheureusement penser que les rues scolaires, et, par extension, la santé et la sécurité des enfants, ne constituent pas une priorité pour ces communes.

Pour l’ensemble des communes n’ayant pas répondu, nous avons attribué un « Non » aux questions portant sur l’engagement à créer des rues scolaires d’ici fin 2027 (critère 2, 3, 4 et 5). Nous avons toutefois pris en considération la proportion d’écoles déjà dotées d’une rue scolaire, la présence éventuelle de ce dispositif dans les Déclarations de Politique Générale, ainsi que les projets concrets communiqués par les services mobilité (critères 1, 6 et 7).

Classement


Voici les résultats, sur 10, pour chaque commune. Certaines communes ont le même score. Nous avons alors inscrit un signe “=”. Nous avons cependant gardé le classement sur 19 pour les autres communes.

Classement général des communes bruxelloises en fonction de leur engagement en faveur des rues scolaires

* Absence de réponse

Détail en annexe

Analyse


Qui va créer des rues scolaires ?

À la suite des élections communales et des accords de majorité, 12 communes sur 19 ont intégré les rues scolaires dans leur Déclaration de Politique Générale.

Toutefois, parmi celles-ci, seules 5, via leur échevin·e de la mobilité, s’engagent à créer de nouvelles rues scolaires d’ici fin 2027, soit la mi-mandat. Il s’agit de

  • la Ville de Bruxelles
  • Schaerbeek
  • Watermael-Boitsfort
  • Forest
  • Saint-Gilles

Ces deux dernières prévoient également la piétonnisation d’une rue scolaire existante.

Les sept autres communes ayant inscrit les rues scolaires dans leur DPG ne s’engagent pas à en mettre en place, au détriment de la santé et de la sécurité des enfants (Etterbeek, Ganshoren, Ixelles, Molenbeek, Saint-Josse, Uccle, Woluwe-St-Pierre).

Du côté des communes qui ne mentionnent pas les rues scolaires dans leur DPG, deux exceptions se distinguent : Evere et Jette, où les échevin·es de la mobilité projettent malgré tout d’en créer au moins une d’ici 2027.

Les cinq autres, à savoir Anderlecht, Auderghem, Berchem-Sainte-Agathe, Koekelberg et Woluwe-Saint-Lambert, choisissent de ne pas intégrer les rues scolaires dans leurs DPG. Elles ne s’engagent pas non plus à en créer de nouvelles d’ici la mi-mandat. Elles occupent logiquement les dernières places du classement.

Mention des rues scolaires dans la DPG (critère 1) et Engagement de l’échevin·e à créer au moins une rue scolaire d’ici la mi-mandat (critère 2)

Parmi les communes qui s’engagent à créer au moins une rue scolaire d’ici la mi-mandat (critère 2) : nombre de rues scolaire qu’elles s’engagent à créer (critère 3) et engagement à piétonniser une rue scolaire existante (critère 5)

Quelles communes ont des projets en cours ?

Parmi les 7 communes qui s’engagent, via leur échevin·e de la mobilité, à créer de nouvelles rues scolaires, trois communes ont des projets concrets en cours actuellement :

  • la Ville de Bruxelles
  • Forest
  • Jette

Par concrets, nous entendons des projets approuvés par le Collège Communal, qui ont fait l’objet d’une demande de subsides pour leur aménagement ou pour l’accompagnement de leur mise en place, ou qui sont à l’étude en interne. Ces trois communes ont ainsi amorcé des actions visibles afin de respecter leur objectif de créer au moins une rue scolaire d’ici la fin de l’année 2027.

Rues scolaires existantes, où en est-on ?

Pour intégrer à notre classement les rues scolaires existantes, nous avons mis à jour notre inventaire. Il indique, pour chaque commune, la proportion d’écoles fondamentales publiques disposant d’une rue scolaire, qu’elle soit piétonne ou temporaire.

Saint-Gilles se démarque clairement : proportionnellement, c’est la commune qui compte le plus grand nombre d’écoles fondamentales dotées d’une rue scolaire. Derrière elle, neuf communes en ont mis en place devant 10 à 20 % de leurs écoles. Les autres communes restent sous ce seuil de 10 %, Auderghem occupant la dernière place sans aucune rue scolaire.

Il est important de noter que, même dans les communes qui se trouvent en tête de cet inventaire, il reste encore du travail à faire en créant plus de rues scolaires, idéalement piétonnes et végétalisées.

Conclusion


L’analyse met en évidence cinq communes qui se distinguent nettement par leur engagement concret en faveur des rues scolaires. Parmi elles, Saint-Gilles occupe la première place. La commune se démarque par la proportion particulièrement élevée d’écoles en bénéficiant sur son territoire, et poursuit par ailleurs ses efforts pour en créer de nouvelles.

Forest, la Ville de Bruxelles, Jette et Schaerbeek se positionnent également parmi les communes les plus engagées, notamment grâce à des projets concrets de création de nouveaux aménagements de ce type.

Evere et Watermael-Boitsfort sont les seules communes à obtenir moins de la moyenne à notre score, mais à tout de même prévoir la création d’au moins une rue scolaire d’ici la fin de l’année 2027.

Au-delà de ces communes, aucun engagement formel en faveur de nouveaux projets n’a été identifié. Certaines d’entre elles mentionnent pourtant les rues scolaires dans leur accord de majorité (Etterbeek, Ganshoren, Ixelles, Molenbeek, Saint-Josse, Uccle et Woluwe-Saint-Pierre). Elles disposent déjà de dispositifs grandement appréciés des familles. Il est dommage que le succès rencontré par ceux-ci n’encourage pas la création de nouvelles rues scolaires.

D’autres communes, telles qu’Anderlecht, Koekelberg et Woluwe-Saint-Lambert, ne manifestent pour l’instant aucun intérêt à développer ce type de projet.

Enfin, Auderghem clôt le classement : il s’agit de la seule commune ne disposant d’aucune rue scolaire, ne mentionnant pas ce dispositif dans son accord de majorité et n’ayant annoncé aucun projet en ce sens.

Pour rappel, les rues scolaires sont un outil formidable pour protéger les enfants de la pollution de l’air, de la pollution sonore ou encore des accidents de la route. Il est donc essentiel d’en créer partout où c’est possible. Nous nous réjouissons que certaines communes montrent l’exemple en la matière. Nous espérons qu’elles vont continuer dans cette direction et que les autres communes vont les suivre au plus vite. La santé et le bien-être de nos enfants sont en jeu.

Annexes


Questionnaire

1) Vous engagez-vous à créer au moins une nouvelle rue scolaire d’ici fin 2027 ?

Oui / Non

(Si oui)

1.1) Combien de rues scolaires vous engagez-vous à créer d’ici fin 2027 ?

1 / 2 / 3 ou plus

1.2) Vous engagez-vous à créer au moins une nouvelle rue scolaire piétonne en permanence ?

Uniquement parmi les nouvelles rues scolaires que vous vous engagez à créer d’ici fin 2027. Ne sont pas concernées dans cette question les rues scolaires déjà existantes qui deviendraient piétonnes.

Oui / Non

2) Vous engagez-vous à piétonniser une rue scolaire déjà existante aujourd’hui ?

On prend en compte ici les rues scolaires déjà en place aujourd’hui, fermée au trafic motorisé à certains moment de la journée, mais que vous vous engagez à rendre piétonne en permanence.

Oui / Non

Résultats complets


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