LEZ - Le progrès ne consiste pas à reculer face aux imperfections, mais à les corriger


Initialement publié dans Le Soir

 

Année après année, la Zone de Basses-Émissions (Low Emission Zone – LEZ) protège notre santé, particulièrement celle des personnes vulnérables, en réservant l’accès de nos rues aux véhicules les plus propres. Elle constitue aujourd’hui, de loin, le meilleur outil pour réduire la pollution de l’air liée au trafic routier.

La Cour constitutionnelle a d’ailleurs récemment défendu ce dispositif au nom du droit des Bruxellois·es à la protection de leur santé et à un environnement sain.

Jeter le bébé avec l’eau du bain

Mais la LEZ, dans sa forme actuelle, est imparfaite, c’est évident. Si elle a permis une amélioration significative de la qualité de l’air depuis sa mise en place en 2018, elle comporte aussi des injustices. Elle pénalise notamment des personnes qui ont besoin d’une voiture mais n’ont pas les moyens d’en acquérir une suffisamment récente.

Faut-il pour autant la condamner en bloc ? Devons-nous laisser circuler librement tous les véhicules les plus polluants ? Bien sûr que non. C’est pourtant ce raisonnement que certain·es brandissent aujourd’hui en freinant ainsi l’amélioration de la Zone de Basses-Émissions, au lieu de la rendre plus juste.

Des solutions simples et concrètes

Des mesures existent pour corriger ces injustices sociales. Il est par exemple possible d’exempter les personnes bénéficiant du statut BIM (Bénéficiaires de l’Intervention Majorée), dont les revenus sont faibles. Cette exception serait rapide à mettre en place, les personnes concernées étant identifiables dans les bases de données régionales.

Les ménages motorisés en situation de privation pourraient également être exemptés, via un traitement individualisé des demandes. Cela concerne, par exemple, des ménages contraints de posséder une voiture, mais qui, en conséquence, n’ont plus les moyens de se chauffer correctement.

Ces dispositifs, exemption des BIM et/ou des ménages en situation de privation, n’entraînent pas de coûts directs significatifs. Ils sont donc simples et peu chers à instaurer.

Mais la santé publique n’est pas la priorité de tout le monde…

Pour rappel, chaque année, plusieurs centaines de Bruxellois·es meurent prématurément à cause de la pollution de l’air émise par le trafic routier.

Les plus jeunes et les plus défavorisé·es sont particulièrement vulnérables à cette intoxication. Ce sont pourtant les catégories de la population qui polluent le moins. C’est profondément injuste.

Malgré cela, certain·es député·es bruxellois·es proposent de suspendre pendant un an les sanctions pour les véhicules les plus polluants (diesel Euro 5 et essence Euro 2). D’autres défendent un système d’amendes très faibles pendant de longs mois, ce qui revient là aussi à transformer la LEZ en coquille vide.

Il est important de préciser ici que le calendrier de la Zone de Basses-Émissions est connu depuis 2016. Il est donc bien tard pour dénoncer l’absence de mesures d’accompagnement.

Prendre ses responsabilités

Nous demandons à nos représentant·es bruxellois·es de faire de la santé publique une priorité en améliorant la LEZ, plutôt qu’en l’affaiblissant. De nombreuses solutions existent : exemption des ménages défavorisés, exemption des véhicules légers, prêt à taux zéro, leasing social, etc.

Les mesures d’accompagnement sérieuses et durables qui ne sont pas mises en place aujourd’hui feront défaut plus tard, lors du prochain jalon de la LEZ. Il est donc essentiel d’y travailler dès maintenant afin de ne plus pénaliser les personnes les plus pauvres.

Le progrès ne consiste pas à reculer face aux imperfections, mais à les corriger.

 

Signataires :

  • Pierre Dornier, Directeur de l’asbl Les chercheurs d’air
  • Céline Bertrand, membre de la cellule environnement de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG)
  • Docteur Vinciane Biernaux, membre de la cellule environnement de la SSMG
  • Xavier Brenez, CEO des Mutualités Libres
  • Lauren de Crombrugghe du Bral, mouvement pour Bruxelles
  • Docteur Elisabeth Defourny, membre de la cellule environnement de la SSMG
  • Docteur Sarah De Munck, membre de la cellule environnement de la SSMG
  • Marie-Christine Dewolf, membre de la cellule environnement de la SSMG
  • Docteur Quentin Douillet, membre de la cellule environnement de la SSMG
  • Docteur Jean Pauluis, membre de la cellule environnement de la SSMG
  • Claire Pelgrims, Chercheuse FNRS en urbanisme et mobilités à l’ULB
  • Docteur Anna Schmutz, membre de la cellule environnement de la SSMG

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